MOULIN A VENT – Cleguer Bihan 

Plounéour Brignogan Plages

Par Bernard Petton, François DemnardAssociation Vie et Patrimoine en Pontusval – VPP

     et Christian Abaléa – Association Environnement et Patrimoine de Kerlouan – EPK

Article paru dans le bulletin de l’association Environnement et Patrimoine de Kerlouan – EPK, N°140, septembre 2023,
reproduit avec l’aimable autorisation de EPK

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Voici ci-dessous une représentation du moulin de Cléguer Bihan dans un tableau d’époque. (fig.1) :

Fig 1 - Tableau Cléguer Bihan par V. Mangnier 1895

Le moulin à vent vu de la baie (1895). 

Au premier plan, les rochers de Poul Ar C’haz (collection particulière).

Il apparaît sur la carte de l’état-major de 1866 (fig.2) et nous allons vous présenter son histoire.

 

Fig 2 -Emplacement du moulin sur la carte Etat Major de 1866[/caption]

La construction

François Caradec qui venait du moulin du Duc alors en Plouider (aujourd’hui à saint-Méen), voulait faire construire un moulin à vent au Cléguer Bihan. Mais le permis de construire lui fût refusé pour des raisons de sécurité militaire. Ce n’est qu’en 1818 qu’il obtint l’avis favorable du génie militaire.

L’endroit avait en effet de solides atouts défensifs et de surveillance des côtes comme l’attestent les emplacements militaires (fig.3).

Fig 3 - la presqu'ile de Pontusval

  (1) une batterie côtière avec un bâtiment annexe servant d’abri aux canonniers et de réserve de munitions

(ce bâtiment annexe est actuellement intégré dans la villa Ty Men Mor),

(2) un corps de garde avec mât des signaux ,

(3) une tour de guet ,

(4) un entrepôt des douanes .

Voici ce que rapportent Y. et H. Jannès dans les cahiers de l’Iroise (H. Jannés : Sur les origines de Plounéour-Trez. Cahiers de l’Iroise n°75. (juillet – septembre 1972) :

« …Le moulin voisin (NDLA : du Cléguer Bihan), construit en 1819, ne put l’être qu’après un avis favorable du Génie militaire. »

Le langage des moulins

En effet, le positionnement des ailes n’était pas dû au hasard. Il indiquait un moment particulier de la vie du moulin et de son meunier.

Un code particulier avait même été élaboré lors des guerres vendéennes qui aurait pu permettre de renseigner des troupes alliées sur le positionnement de l’ennemi (fig.3).

C’est certainement pour cela que l’autorité militaire émettait tant de réserve à la construction d’un moulin surtout dans le contexte de la période napoléonienne où l’on se méfiait avant tout des attaques de la « perfide Albion »

Fig 4 - le langage des moulins

Les meuniers

La gestion du moulin fût assurée par Olivier Caradec (1785-1852) et son épouse Marie-Jeanne Falchun. Il était le fils aîné de François le fondateur, qui se réservait l’usage du moulin à eau du Garo avec son fils cadet Nicolas. Ce dernier moulin avait été construit, nous l’avons vu dans un précédent article, par défaut en attendant l’autorisation de construction du moulin à vent[1].

[1] B. PETTON, F. DEMNARD, C. ABALEA. Association Environnement et Patrimoine Kerlouan – Bulletin n°137, pp 18 à 29

Fig 5 -présence de la famille Caradec dans les recensements 1846 et 1851

Olivier Caradec fût maire de Plounéour-Trez de 1820 à 1825 en succédant en cela à son père François[2].

Jean (1824-1877), fils d’Olivier et de Marie-Jeanne, marié à Marie-Françoise Calvez continuera l’exploitation du moulin à vent.

 

[2] https://www.annuaire-mairie.fr/ancien-maire-plouneour-trez.html

Les photos suivantes (fig. 6, 7 et 8) représentent le moulin vers 1890 et montrent le positionnement des ailes en fonction du vent (Collection B. Petton). Les anneaux scellés dans le muret au sol sur le pourtour (Fig. 9) servaient à arrimer le gouvernail une fois trouvée la bonne prise au vent. Le gouvernail est ce long madrier qui permettait de faire pivoter le sommet du moulin afin de lui donner une bonne prise au vent.

Fig 6 - moulin vers 1890 (collection B Petton)
Fig 7 - moulin vers 1890 (collection B Petton)
Fig 8 - moulin vers 1890 (collection B Petton)

C’est un des fils de Jean et Marie-Françoise, Yves-Marie Caradec, Yonn ar Milin comme il se faisait appeler qui sera le dernier meunier du Cléguer Bihan jusqu’à ce que le moulin perdît ses ailes lors d’une terrible tempête en 1899.

Le moulin actuellement, avec de nouvelles ouvertures aménagées pour en faire une résidence (Fig 10) :

Fig 10 - moulin actuellement

 Notez la présence du muret circulaire qui permettait l’arrimage du gouvernail sur des points de fixation répartis sur la périphérie (voir l’anneau ci-dessus) (photo publiée avec l’aimable autorisation du propriétaire).

Fig 9 - Un des anneaux d'amarrage du gouvernail (photo F Demnard)

Lire aussi :

Louis Durand-Vaugaron, « Le moulin à vent en Bretagne, « Cette belle et ingénieuse machine… » », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, ID :

https://isidore.science/document/10.3406/abpo.1967.2407

 

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